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La Fête de la Banane 17.09.2022 - Paris 14 - Parvis de la Mairie

Exposition – vente solidaire des produits artisanaux
Dégustations gastronomiques de plats de différents pays à base de la banane
Conférence-débat
Musique et danse

12h : Début de la fête, balade libre, dégustation des plats variés sur les différents stands

12h30 : musique danse Equateur, avec l’association Raices Andinas Del Ecuador-Francia

12h45 : Atelier - Cour de danse Equatorienne par l’association Churay-Churay

13h30 : Atelier beauté - Les clés pour un maquillage réussi animé par « Ta beauté révélée »

14h20 : Contes et poésies, atelier de dessin, animé par Roseny Blanca - Voyageons Local,
avec la participation, de JYB et AIME NOUMA, poètes et slameurs

14h40 : Danse Bolivienne Salay San Simon

15h-17h : Conférence "Commerce équitable et Agriculture Péri-Urbaine".

"Commerce équitable et Agriculture Urbaine et péri-urbaine, pour un ville durable"
Pour la 3 ème année consécutive, à l'occasion de la Fête de la banane (samedi 17 septembre 2022 de 15 à 17h sur le Parvis de la Mairie de Paris 14è), Artisans du Monde Paris et la Cantine Bouge organisent une conférence débats sur les rapports entre commerce équitable et agriculture : La première année ce fut sur le "commerce équitable et l'agriculture paysanne". Celle de la seconde année avait pour titre "commerce équitable et agroforesterie". Celle de cette année a pour titre "Commerce équitable et Agriculture Urbaine Péri-Urbaine, pour une ville durable". Un de nos objectifs est de montrer que l'agriculture peut être vue comme un écosystème qui met l'homme au centre dans un premier temps que l'on peut ensuite élargir à l'agriculteur et la nature et enfin, cette année, d'y inclure le consommateur qui par son comportement volontariste aide à la construction d'une agriculture durable. Le commerce équitable étant un outil pour que cet écosystème soit robuste.
Programme :
- Ouverture de la conférence par Mme Sidonie Parisot, adjointe à la mairie du 14ème en charge de l’alimentation durable, des jardins partagés et de la condition animale
- Objectif de cette conférence et son articulation avec les 2 précédentes conférences par Jean-Paul Vanhoove d’Artisans du Monde Paris
- Le scandale de la chlordécone un exemple caricatural de ce que peux donner l'absence de conscience sur l'interdépendance des acteurs du producteur au consommateur par Mme Josette Pineau de la Maison du monde d’Ivry
- Les différentes facettes de ce que l'on nomme ici ou en Afrique "Agriculture Péri-Urbaine" par Jean-Claude Maliboungo directeur de CFPPA de Brie Comte Robert.
- Comment l'agriculture péri-urbaine qui participe à la transition écologique peux faire partie d'une politique publique d'aménagement du territoire par Curvan Judas, Chef de la rubrique "État et Transition" du média “Le Temps des ruptures”
- L'action du mouvement “Artisans du monde” en faveur des partenaires agriculteurs du Sud pour le développement durable avec Mme Mame-Thiaba Diagne de la Fédération Artisans du Monde.
- Le rôle des Diaspora dans la promotion des circuits courts et solidaires campagne-ville par Mamadou Komé (sous réserve)
- Débat avec le publique puis conclusion
Conclusion par Mme Audrey Pulvar, adjointe à la mairie de Paris, chargée de de l’alimentation durable, de l’agriculture et des circuits courts.
16h30 : Atelier culinaire à la banane, suivi de la dégustation avec une recette de l’association
La Cantine le Monde Bouge

17h : Denise SAURON - African Connection (musique danse)

17h 30 : Présentions des tenues de mode et création par Natacha BOUNET, découvrez aussi sa marque Akobenkwé à travers un défilé scénarisé.

18h : Animation musicale - La capoeira Bolivienne, Caporales San Simon Sucre

18 h30 – 19 h : Présentation de danse Folklorique Equateur, groupe Churay-Churay

19h : Tchad : à la découverte de nos talents avec Moussa Aimé un artiste musicien

19H 30 : Cocktail de clôture en musique avec Raices Andinas Del Ecuador-Francia avec le public.

Fin de la Fête à 20h

SNB our www.nrgui.fr

source : Jean-Paul Vanhove

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Les artistes et les comédiens africains : Harkis ou Hurons ?

Étrangers en France Le nombre des étrangers vivant en France a doublé en deux décennies. Ils sont plus de quatre millions, un million et demi ayant moins de vingt ans. Augustin Barbara plaide en faveur d'un " contrat de double culture " qui aiderait à l'émergence d'un regard sans frontières. Isabelle Taboada-Léonetti analyse la place dans la société des enfants d'immigrés. Et Saïdou Bokoum dénonce le sort réservé aux créateurs africains exilés en France.

Par SAIDOU BOKOUM (*)

Publié le 06 août 1982 à 00h00 - Mis à jour le 06 août 1982 à 00h00 

ON connaît bien le sort réservé aux immigrés africains en France. Mais sait-on celui des artistes, comédiens, et autres créateurs africains exilés ? Les artistes et les travailleurs immigrés africains vivent les uns et les autres dans un même ghetto culturel. Mais puisque la cause des travailleurs semble entendue, au terme de plusieurs années de généreuses litanies, je voudrais évoquer le sort de ces autres laissés-pour-compte de la coopération culturelle entre la France et ses partenaires de la francophonie africaine.

Depuis plus de vingt ans, les créateurs africains n'ont produit aucune œuvre digne de l'intérêt de ceux qui, habituellement, font vivre, par leurs subsides, les créations artistiques. Par exemple, si pour une décennie on peut compter, sur les cinq doigts de la main, les œuvres franco-françaises, candidates à l'éternité, on serait en peine de trouver l'œuvre qui émergera du magma francophone, depuis la nuit de l'impact colonial. L'ensemble des productions intellectuelles et artistiques, sans oublier les prestations des comédiens, artistes et interprètes musiciens, souffre d'une marginalisation généralisée ; cela est vrai pour les arts plastiques, mais aussi pour les arts dramatiques et chorégraphiques, encore que, pour la danse et a musique, il faille chercher cette vérité derrière les engouements faciles et passagers. Il y a eu certes ici ou là une œuvre qui a pu susciter l'événement, mais très vite, elle s'est noyée dans l'anonymat des témoignages et des documents " authentiques et émouvants ". Mieux vaudrait donc en venir à des considérations simples, qui touchent à la vie des artistes, à leur art.

Vingt ans après l'indépendance de leurs pays d'origine, ces artistes en sont toujours à leur baptême du feu, face à ceux qui détiennent le pouvoir de la reconnaissance culturelle. Au fond, pour mieux saisir la situation de la culture africaine et de ses créateurs, du moins de ce côté-ci de la francophonie, on doit méditer la vision, devenue banale, de tout ce bric-à-brac de figurines autrefois sacrées, aujourd'hui étalées sur un bout de macadam qu'elles se disputent avec d'autres reines du trottoir. Il me semble en effet que la mort qui guette la culture africaine, telle qu'elle s'exprime ici et maintenant, sera moins un effet de l'indifférence ou du mépris occidental que de la division des tâches sur le modèle de la division du travail à l'échelle mondiale.

On se heurte au décor

Ainsi existe-t-il deux cinémas africains. Un premier, réalisé par des cinéastes non africains et dans lequel les comédiens africains jouent les éternels défenestrés ; cinéma qui détient l'insigne privilège de déverser en exclusivité sur l'Afrique par Kung-fu et Django interposés, des mers de boues rouges. Un deuxième cinéma de réalisateurs africains dont les œuvres vont, en règle générale, finir leur aventure ambiguë dans une obscure salle spécialisée dans les " Rétrospectives ". La situation du comédien africain est à l'image du sort fait au cinéma africain : il n'existe pas. Les rares fois où l'on croit l'apercevoir sur une scène, on finit par se heurter au décor. L'existence du metteur en scène africain est tout aussi fantomatique. La situation du théâtre nous le montrera de façon plus nette. Il n'est pas excessif de dire que le bilan de quelque vingt ans d'échanges culturels entre l'Afrique et la France, dans le domaine particulier du théâtre, se traduit presque exclusivement par le passage à Paris et en province de quelques ballets nationaux qui ont fini par figer, dans l'espace artificiel des scènes occidentales, ce que la danse africaine avait de complexe et de vivant.

Il n'est pas étonnant que la culture immigrée ait du mal à trouver place dans cet échange de produits d'exportation qui tiennent aisément au double fond d'une valise diplomatique. La culture immigrée se porterait mieux peut-être s'il y avait des dramaturges et des metteurs en scène africains. Mais force est de constater, que, à la manière des comédiens, ils s'agitent dans le décor : ils ont beau s'escrimer à monter avec du bric et du broc des pièces, ils n'arrivent à émouvoir que les organisateurs et les amateurs de colloques, de symposiums, et de commémorations. Et quand il arrive que certains organismes officiels leur viennent en aide, ne remplissant ainsi d'ailleurs que les obligations définies par leur mission ou leur vocation, ces organismes tentent d'excuser le caractère souvent dérisoire de cette aide, en faisant valoir son but... symbolique ; façon courtoise aussi de dire à son bénéficiaire que, tout compte fait, ni l'œuvre et que donc ni l'aide - la formule est réversible - ne s'imposaient.

Au total, après deux décennies de coopération culturelle, on ne compte pas une seule pièce africaine, montée dans un théâtre " normal ", pendant une saison normale, par un metteur en scène africain. Heureusement pour les Africains, il y a eu un Jean-Marie  Serreau pour monter Béatrice du Congo (de Bernard Dadié), un Peter Brook pour adapter l'Os de Mor Lam (de Birago Diop). Donc, il existe bien des textes africains, pour - on nous pardonnera bien cet africanisme - les ci-devant " metteurs " en scène. Mais pour la grande masse des textes africains qui n'ont pas eu la chance d'être marqués par la griffe universaliste d'un Brook, il reste les officines et organismes publics qui ont vocation à favoriser les échanges entre l'Afrique et la France, mais aussi à promouvoir l'émergence d'une culture immigrée. Ce sont : l'A.D.E.A.C. (Association pour le développement des échanges artistiques et culturels) l'I.C.E.I. (Information culture et immigrés), l'A.C.C.T. (Agence de coopération culturelle et technique), pour ne citer que les plus officiels et les plus communément sollicités. Malgré la diversité et les ambitions des objectifs visés par ces sigles, il faut bien admettre que la reconnaissance d'une culture immigrée en est toujours au stade du vœu pieux.

Une culture d'exil assistée

À l'heure du changement, les intellectuels et artistes africains attendent toujours des signes qui attestent, de façon concrète, que ce " projet culturel ", qui semble sous-tendre toute l'action du pouvoir socialiste, ne se révélera pas être, pour ce qui les concerne, une nouvelle ruse de la " culture universelle ", pour mieux sacrifier leurs espérances sur l'autel des intérêts d'État. On se contentera d'évoquer ici quelques actions prioritaires, dont la première serait d'adopter une attitude de principe, à la lisière de l'éthique et de l'esthétique : elle consiste à prendre les artistes africains pour ce qu'ils sont, à savoir des créateurs qui exigent que le regard porté sur les créations soit critique, expurgé de cette suspicion qui plane sur elles et qui, trop souvent, les range humanitairement dans le " divers social ". À l'inverse, et à l'autre extrême, le maniement généreux de l'encensoir au-dessus de quelques têtes chenues, également trop souvent promises à représenter l'ensemble du continent africain devant l'éternité, ne doit plus faire illusion.

Les artistes africains doivent bénéficier des mêmes avantages et concours financiers que leurs collègues français : il serait culturellement suspect que la culture surgie en terre d'accueil soit condamnée à n'être qu'une culture d'exil, assistée comme une curiosité touristique. Les artistes africains vivant en France ne sont ni des Hurons ni des Harkis ; ils attendent du nouveau pouvoir qu'il mette en œuvre des actions d'incitation auprès des théâtres qu'il subventionne (au moins), pour que ces derniers aient les moyens de s'ouvrir aux productions africaines aussi. Un espace de création devrait également leur être ouvert en priorité. La Maison des nouvelles cultures du monde pourrait, entre autres vocations, jouer ce rôle, à condition qu'elle ne soit pas réservée aux notables et aux notoriétés. Car en art, personne ne peut représenter personne : l'art est un feu sacré et intime qui brûlerait la gloire la mieux assise. Bref, il y a toute une génération d'artistes africains qui ne se reconnaissent plus dans les systèmes ethno-humanistes, qui ne se satisfont plus de cette proto-existence pendue entre une rétrospective et une commémoration.

Depuis le 10 mai, il y a eu des gestes et des actes incontestablement généreux, accomplis à l'adresse des O.S. et des balayeurs africains. Plusieurs centaines d'artistes attendent qu'on leur donne, à eux aussi, les moyens de sortir de la figuration bête dans laquelle ils sont cantonnés depuis trois siècles et vingt ans.

(*) Écrivain et metteur en scène guinéo-malien.

SAIDOU BOKOUM (*)

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Macron, pour recevoir Salman, descend les marches de l'Elysée. Seuls Houphouët, Président de Côte d'Ivoire et Senghor Président du Sénégal, avaient parfois eu cet honneur, avant Sarkosy..

Mais un Salman peut en cacher un autre. Les cris d'orfraie et les larmes de crocodile ont déjà tari, séché, pour le malheureux Salman, victime d'une fatwa qui lui colle à la peau comme un sceaux, un tatouage inné.
Quand Bongo ,n'était qu'un ex "tirailleur sénégalais", une fois qu'il avait descendu tout seul les marches de L'Elisée, Foccart aurait murmuré dans son dos "il ne sait pas encore qu'il est le futur président du Gabon". Mais avec l'avènement de L'OPEP et du pétrole, nous nous sommes dit "nous n'avons pas de pétrole mais nous avons des idées". Donc Bongo, devenu Oumar, était reçu en pompe, on l'aidait même à grimper les marches, à cause de ses talons améliorés et des jetons qui participaient sous les lambris du Palais, au, financement du lourd équipement des tenues des godillots qui devaient écumer les vastes "territoires de non droit" où sévit "la racaille" et où les monstrueux rejetons de La Démocratie deviennent aussi séduisants que les câlins du Malin.
A cause des Salman, voilà "versée par terre" la figure de la démocratie, le pire des systèmes politiques excepté tous les autres" (Sir Winston Churchill).
SNB pour www.nrgui.cfr
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Actualités de Guinée, www.nrgui.fr

L'arrivée de l'historien à la tête du ministère de l'Éducation nationale aurait dû être un non-événement. Qu'un parcours scolaire et universitaire brillant mène à la rue de Grenelle, quoi de plus banal?

Sitôt nommé ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye a reçu une salve de réactions négatives, toutes plus minables les unes que les autres. Une déferlante raciste qui devrait tous nous rendre honteux. Je ne les citerai pas ici: ces messages n'en valent pas la peine; j'espère que le ministre ne les a pas lus.

Passons rapidement sur les quelques gribouillis renvoyant le ministre à sa situation de valet de la «macronie» (comme d'autres avant lui). Être nommé par Emmanuel Macron suffit à le priver de son libre arbitre. À l'inverse, qui se vantera d'avoir refusé un poste verra ce courage salué. C'est ridicule, mais c'est ainsi. Écrivons-le donc nettement: le poste lui a été proposé et il l'a accepté. Pap Ndiaye est capable de choisir, de décider.

 Renvoyé à l'«idéologie woke»
Intéressons-nous à ce que disent les autres messages, ceux qui voient dans cette nomination l'irruption de l'idéologie woke à l'Éducation nationale, mettant fin à une «ligne républicaine», la fin de l'école «de nos ancêtres» –Ah! le bon vieux temps de la règle de fer qui frappait les doigts joints!–, et qui craignent les «propos anti-blancs» du ministre, coupable de s'être rendu à une réunion en non-mixité.

Une vision d'horreur se dessine: «Avant, les enfants se levaient lorsque le directeur rentrait dans la classe. Avec Pap Ndiaye, ils devront mettre un genou à terre et s'excuser d'être blancs» –non, je ne citerai pas l'auteur de ces propos abjects.

ules sont visées, pas l'homme. L'argument ne tient pas une seconde. Qui croira que l'on s'improvise spécialiste des travaux de Pap Ndiaye en quelques minutes? C'est aussi crédible qu'un quarteron d'infectiologues de plateau ou d'experts militaires pontifiant au gré de l'actualité, étalant sans vergogne leur ignorance bardée de certitudes.

Les travaux universitaires de Pap Ndiaye ont bon dos. Que valaient-ils d'ailleurs face à deux extraits vidéo et quelques rumeurs, qui ont suffi à enclencher une déferlante de racisme qu'on ose à peine qualifier d'inattendue?

Un racisme tortueux et pervers…
Il importe pourtant de préciser de quel racisme il s'agit. Il me semble que Pap Ndiaye n'a pas été victime de racisme parce qu'il est noir. Il y a déjà eu des ministres à la peau noire au gouvernement, sans que cela fasse débat. Ils ont eu droit à la gloire, à l'anonymat ou à l'indifférence, à la réussite ou à l'échec. Comme tout le monde.

Il me semble aussi que Pap Ndiaye n'a pas été victime de racisme pour ses idées, parce qu'il a écrit Les Noirs américains – En marche pour l'égalité ou La Condition noire – Essai sur une minorité française. Je suis intimement persuadé que ses détracteurs n'ont jamais feuilleté ne serait-ce que l'un de ces ouvrages.

 Pap Ndiaye pense, et se pense, et nous pense. Et cette pensée, avant même d'être lue, est perçue comme menaçante.
Non, le racisme qui frappe Pap Ndiaye est plus pervers, plus inattendu peut-être, qu'un simple rejet d'une couleur de peau ou d'une pensée «noire». Le ministre de l'Éducation nationale a subi des attaques racistes parce qu'il est noir et (ET) qu'il a écrit des livres sur la condition noire. C'est la conjonction de ces deux faits, cette rencontre entre un corps et une pensée, qui est insupportable aux yeux de beaucoup.

… qui lui nie son droit de penser
Ah! s'il était resté à sa place, celle de l'universitaire discret! S'il avait daigné s'intéresser au théâtre de Marivaux, à la reproduction des crustacés, à l'agriculture biologique chez les Indiens Guaranis ou au déséquilibre des anneaux de Saturne, sur les plateaux télé et les réseaux sociaux, on aurait rapidement loué son érudition et c'en serait resté là.

Mais qu'il ait osé s'interroger sur le racisme, la condition noire, qu'il ait choisi d'étudier le caractère historique et social de sa couleur de peau, voilà qui est insupportable. Pap Ndiaye pense, et se pense, et nous pense. Et cette pensée, avant même d'être lue, est perçue comme menaçante.

Bien qu'épidermique, ce racisme est filandreux. Il suit en nous des chemins tortueux. Il montre que nous –j'utilise avec précaution ce «nous» collectif– considérons qu'il y a des sujets qui devraient être réservés à certaines personnes et pas à d'autres. En l'occurrence, un Noir ne devrait pas s'interroger sur sa propre condition. Un Blanc le ferait (mieux?) à sa place. Tragique assignation à résidence intellectuelle!

Pap Ndiaye a été un élève puis un étudiant brillant. Hors normes. Il a passé et réussi les concours les plus sélectifs. Il a enseigné dans des institutions prestigieuses. Il a écrit et soutenu une thèse. Il a publié. Il a débattu, argumenté, écouté, réfléchi. C'est un universitaire, un intellectuel comme la France en produit régulièrement.

 Gageons que la quasi-totalité des critiques émanent de personnes qui n'ont pas lu ses travaux. Et qui voudraient simplement que ces derniers n'existent pas. Voilà, il serait bon que Pap Ndiaye n'ait rien dit ni écrit. On le voudrait en intellectuel muet.

L'altérité bouscule nos intimités
En écrivant ces mots, les images de Christiane Taubira représentée en guenon me reviennent en mémoire. Elle aussi a subi ce racisme, de manière paroxystique et haineuse. Là encore, des idées qui dérangeaient étaient portées par une personne à la peau noire. Aujourd'hui, il est impossible de savoir si la réforme du mariage pour tous serait passée tranquillement si elle avait été portée par un homme blanc. Mais on peut se poser la question, en son for intérieur.

J'ai parfois pensé que la personnalité de Christiane Taubira, cassante, clivante, avait une part de responsabilité dans la force du refus que suscitait un texte de loi au fond plutôt anodin. Mais l'honnêteté m'oblige à reconnaître que la politique est en soi clivante. Les ministres font souvent preuve de morgue, méprisent leurs adversaires, et la couleur de peau n'y est pour rien. Inconsciemment, peut-être notre «nous» collectif refusait-il à une femme noire la légitimité de porter ce sujet. Elle aurait dû rester à sa place. Gérer tranquillement le ministère et non pas porter un projet touchant à l'intimité de la société.

Car le mariage pour tous hier ou le racisme aujourd'hui creusent au plus profond de nos intimités des questionnements complexes, remettent en cause des certitudes, induisent des changements profonds. Face à nos conservatismes se dressent à la fois l'ennemi intérieur du changement et l'ennemi extérieur de l'altérité. La remise en cause a un visage et il est d'autant plus inconfortable qu'il incarne cette remise en cause.

Nous sommes en 2022 et un grand intellectuel est ministre de l'Éducation nationale. Il s'appelle Pap Ndiaye et il est noir. Pour notre confort, il faudrait qu'il augmente les salaires des profs et, surtout, qu'il ne pense plus et qu'il se taise. Il n'en sera rien et c'est heureux: gageons qu'il continuera de penser, d'écrire et de nourrir le débat. Peut-être même qu'il n'oubliera pas d'augmenter les profs.

source : slate