"Le Nègre ignore que ses ancêtres, qui se sont adaptés aux conditions matérielles de la vallée du Nil, sont les plus anciens guides de l'humanité dans la voie de la civilisation" Cheikh Anta Diop

Jusqu’au 8e siècle au moins, le Maghreb était aussi noir que l’Afrique subsaharienne. Des hommes parmi cette population autochtone ont fait briller la région, le Maroc en particulier. Cette page occultée de l’histoire noire est un élément majeur à verser au patrimoine historique

africain.

Rappels

Afin de comprendre ce qui sera dit ici, il est absolument indispensable de se documenter sur l’apparition des peuples blancs sur Terre et

sur les étapes du peuplement de l’Afrique du nord. Pour synthétiser, les Noirs ont vécu de tout temps au Maghreb et représentaient

l’essentiel de la population au temps des dominations romaine et arabe. Ce sont ces Noirs qui ont été au début désignés par le terme

Berbère.

C’est véritablement la traite des Blancs d’Europe par les arabo-musulmans et la présence turque qui auraient changé le visage du Maghreb

au point que nous connaissons aujourd’hui. Cela a été expliqué en détail ici. D’après la BBC, dans une traite qui a duré près de 12

siècles, 1 250 000 blancs européens auraient été mis en esclavage au Maghreb et en Lybie entre 1530 et 1780 seulement [1].

La dynastie noire et arabe des Idrissides (789 – vers l’an 1000)

C’est dans le cadre de l’invasion musulmane de l’Afrique que les Arabes entrèrent sur le continent noir en 639 et soumirent le Maghreb

quelques décennies plus tard. C’est un arabe, du nom d’Idriss, qui fonda la première dynastie marocaine, celle des Idrissides. Il mourut en

laissant son épouse berbère – donc noire – enceinte. Celle-ci mit au monde Idriss II, qui étendit le pouvoir de son père sur la région. Le fils de ce dernier, le roi Mohammed aurait également été de mère africaine. La dynastie idrisside, d’essence africaine et arabe donc, s’est distinguée par une œuvre architecturale dans la ville de Fès et l’expansion de l’Islam. Elle déclina jusqu’à disparaître vers l’an mille. C’est véritablement la dynastie suivante des Almoravides, qui fit briller le Maroc.

La dynastie noire des Almoravides (1060-1147)

Les Berbères, encore appelés Maures ou Sarrasins, tels que les Européens les ont vus en Espagne et au Portugal A gauche: Illustration, auteur inconnu
En haut à droite : court royale maure en Espagne au 13e siècle (Source : Jean Philippe Omotunde pour Africamaat)
En bas, à droite : Dignitaires maures jouant aux échecs en Espagne (Source : The Golden Age of The Moor, édité par Ivan Van Sertima, page 29)

Le roi chrétien d’Espagne Pierre d’Aragon, recevant les têtes décapitées de 4 princes maures de la dynastie des Almoravides au 11e siècle. On peut voir que les têtes sont excessivement noires. Ce sont ces 4 têtes qui figurent encore aujourd’hui sur le drapeau de la Sardaigne.

Dans le sahara occidental, le roi Yahya Ibn Ibrahim essayant d’islamiser ses sujets, ramena un leader religieux du nom d’Ibn Yacine qui

échoua à les convertir. Yacine fut chassé par le peuple, et s’enfui vers le fleuve Sénégal où il rencontra plus de succès. Ayant finalement

assez d’adeptes, il mena un djihad dans la région et baptisa ses suivants Almoravide, c’est-à-dire les combattants de la foi. Abu Bakar, autre leader des Almoravides, constitua par la guerre un empire allant du Maroc au fleuve Sénégal.

Abu Bakar (illustration datant de 1413, Mecia Viladestes)

Source: histoiredumaghreb.com

Il nomma son cousin Yusuf Ibn Tachfin régent du nord-ouest. Celui-ci conquit l’ancienne capitale Fès et une partie de l’Algérie. Après avoir

mené un djihad qui ébranla sérieusement le puissant empire vitaliste (animiste) de Ghana en 1075, Abu Bakar retourna au Maroc. Là, il ne

putque s’incliner devant le pouvoir affirmé de son cousin Yusuf Ibn Tachfin, qui fonda la ville de Marrakech.

documents de l’époque comme un homme à la peau marron et aux cheveux crépus [2].

L’empire almoravide 

Ce dernier répondit à l’appel au secours des Noirs et des Arabes menacés par les chrétiens d’Europe. Le régent du nord-ouest africain

conquit l’Espagne. Il se tailla ainsi un empire gigantesque qui regroupait l’Espagne, le Portugal, le Maroc, l’Algérie, le Sahara occidental, la

Mauritanie, avec Marrakech comme capital. Cet homme noir est de ce point de vue, un des plus grands conquérants de l’histoire.

L’historiographie marocaine considère que c’est avec la dynastie almoravide que commence véritablement l’époque impériale du Maroc, voir la naissance du Maroc tout court. Ce sont donc deux hommes noirs, Abu Bakar et surtout Yusuf Ibn Tachfin, qui ont fondé le Maroc impérial. La dynastie almoravide se distingua par une œuvre architecturale monumentale au Maroc. Elle fut balayée par la 3e dynastie des Almohades.

Les joyaux architecturaux des rois almoravides au Maroc et en Algérie

La dynastie noire des Almohades (1147-1269)

L’histoire de cette dynastie commença avec un berbère Masmuda, du nom de Ibn Tumart, éduqué en Espagne sous domination africaine.

L’historien britannique Bernard Lewis rapporte les mots du commentateur arabe Abu Shama, qui décrivait les Masmuda comme des noirs [3].

Ibn Tumart finit par contredire la doctrine musulmane et créa le mouvement des Almohades, c’est-à-dire les unificateurs, qui rejetaient les

personnages de l’Islam autres qu’Allah. Il alla jusqu’à défier lors de débats publics le roi Ali Ibn Yusuf à Marrakech, agressant la sœur de

celui-ci parce que non voilée. Considéré comme radical, il fut banni de la ville.

Il se réfugia au sein de son peuple et vécu dans une grotte, n’en sortant que pour prêcher l’unicité de Dieu telle qu’il la concevait. Ayant

suffisamment d’adeptes, il mena une guerre contre les Almoravides. A sa mort, c’est son lieutenant Abd-al Mu’min qui mit finalement un terme à la dynastie de Tachfin. Le nouveau roi – berbère d’Algérie – conquit le nord de l’Algérie, de la Lybie, jusqu’aux frontières de l’Egypte. Son petit fils Yakub Al Mansur conquit l’Espagne, assouplit le rigorisme religieux de ses prédécesseurs et retrouva la grandeur intellectuelle et architecturale des Almoravides.

L’empire Almohad (Source : Wikipedia)

Un des fils d’Abd-al Mu’min est décrit par un poète arabe qui l’a vu comme un homme à « peau noire » [4]. La mère d’Al Mansur est décrite comme une négresse [2] et Yakub Al Mansur lui-même était décrit comme un homme à peau marron [2]. Ce sont donc, exclusivement des Noirs qui sont à l’origine de la dynastie almohade.

Joyaux architecturaux des rois almohades

Les fondateurs noirs de la dynastie Alaouite (1664 à nos jours)

Avant la dynastie Alaouite qui dirige actuellement le Maroc, ont régné les Mérinides et les Saadiens qui étaient également des dynasties

berbères. Ces dynasties ont apporté beaucoup sur le plan intellectuel et architectural au Maroc. Elles ont en outre apparemment vécu le

blanchiment du Maroc, car la distinction Noir-Blanc était déjà présente à la naissance de la dynastie Alaouite.

Portrait authentique de Moulay Rachid, fondateur de la dynastie Alaouite qui règne sur le Maroc jusqu’à nos jours.

Source: Collection royale britannique royalcollection.org.uk

Concernant la dynastie Alaouite donc, elle fut fondée par Moulay Rachid, homme venu d’une tribu arabisée du Maroc. On a une image

authentique de lui qui montre un homme parfaitement négroïde. C’est donc un noir qui a fondé l’actuelle dynastie royale marocaine à laquelle appartient le roi Mohammed VI. Le demi-frère de Moulay Rachid, né d’une esclave noire, fut Moulay Ismail. Ce dernier est considéré comme un des plus grands, sinon le plus grand roi de l’histoire du Maroc. Il est l’ancêtre direct de l’actuel roi du Maroc. Avec 55 années, le règne de Moulay Ismail fut le plus long de l’histoire.

Il fut un guerrier redoutable et un conquérant, soutenu par ses 150 000 esclaves noirs – dit Abid al-Bukhari – qu’il acheta ou fit kidnapper, et qu’il rendit puissants. Il avait toute confiance en eux. Il fut aussi un bâtisseur, grâce à ses 25 000 esclaves européens. On parle même de solidarité raciale entre le roi et ses guerriers noirs, ce qui laisse encore à penser que le Maroc avait déjà beaucoup blanchi à cette époque.

Le roi était en outre sous la grande influence de sa première épouse, Laila Richa, surnommée l’impératrice du Maroc, qu’un religieux français de l’époque décrit comme « noire, laide » et cruelle, autoritaire, méchante[5]. Après la mort du roi, ses fils vont se disputer le trône au milieu de guerres de succession, le tout arbitré par les esclaves noirs qui furent finalement écrasés. Dès la fin du 18e siècle, ce sont des métis et avec l’afflux de blancs esclaves, des Blancs, qui vont régner sur le pays jusqu’à nos jours.

Mausolée de Moulay Isamel à Meknes, bâti de son vivant

Que faut-il retenir de tout ceci ?

Portrait authentique du général Bassa, qui a beaucoup fait pour les victoires de Moulay Ismael

Source : The Golden Age of The Moor, édité par Ivan Van Sertima, page 369

On voit donc que ce sont les Noirs qui ont inauguré l’ère impériale marocaine, qui ont fondé au moins 3 des 6 dynasties royales marocaines qui ont porté le Maroc à son apogée politique à travers les dynasties almoravide et almohade ; ils ont en outre été sans doute présents dans les 3 autres dynasties. Cheikh Anta Diop faisait du Sahara une ligne de démarcation entre l’Afrique dite « noire » et le Maghreb supposément

blanc.

On sait aujourd’hui qu’il faut faire sauter cette barrière. Il y avait donc une continuité raciale des deux côtés du Sahara, mais une discontinuité culturelle entre les subsahariens restés – en grande partie – authentiquement africains sur le plan culturel, et les premiers Berbères qui eux étaient fortement arabisés.

Tout n’est pas propre chez ces ancêtres glorieux, qui ont activement collaboré à la traite négrière arabo-musulmane et ont mis avec les

Arabes, des Blancs en esclavage pour la production de richesses. Attitudes incompatibles avec la culture noire, en tout point

condamnables et qui sont dues à une contamination arabe.

Tout ceci montre l’apport prédominant des Noirs dans les civilisations d’Afrique du Nord. Nous sommes donc à l’origine des civilisations

vitalistes (animistes) de l’Egypte antique et de Carthage, qui furent exclusivement noires. La civilisation maure en Espagne et le Maroc

impérial – bien qu’ayant bénéficié d’apports arabes – sont aussi des civilisations noires. C’est la stricte vérité.

Illustration falsifiée de Moulay Ismael. Comment un homme dont le frère du côté paternel et la mère étaient tous deux noirs peut-il ressembler à cela? Il fut décrit par un prêtre français comme un homme « presque noir avec une tâche blanche sur le visage » [6]

Quoiqu’il en soit, puisque les Blancs du Maghreb ne veulent pas de leurs ancêtres noirs, les Noirs d’Afrique eux, doivent les accepter comme faisant partie de leur patrimoine.

PS : Depuis la rédaction de cet article, nous avons pu mettre à jour le caractère noir de la dynastie Saadienne (1554-1660) qui prit le pouvoir en contexte d’occupation du Maroc par l’Espagne et le Portugal. Le fondateur fut Mohamed as Cheikh. Son fils et quatrième roi Abd Al Malik fut décrit par le portugais Luis de Oxeda comme un homme « avec un nez plat et court... les lèvres épaisses... de couleur gris (qui est en fait une variante de la couleur noire foncée) » [7].

Un autre des fils du fondateur fut le père du roi Moulay Mohammed. Ce dernier fut décrit par les portugais qui l’ont vu comme “un Maure

barbare”, “un Maure maudit”, “un Maure infidèle”, “noir dans son apparence et sanguinaire dans ses actes” [8]. Comme nous l’avons expliqué,

le terme « Maure » en ces temps signifiait Noir.

Le fils de Moulay Mohamed est né d’une mère Peule comme l’a rapporté le chroniqueur malien Abderahmane Sa’adi [9]. Du nom d’Ahmad Al- Mansur, il fut décrit comme noir par le portugais Fray Luis Nieto [10] et est considéré comme le père du Maroc moderne pour avoir expulse les Européens de son territoire. C’est lui qui détruisit l’empire Songhaï en 1591, mettant fin à 1200 ans d’histoire glorieuse des empires de la boucle du Niger. Il eu avec son épouse noire Lalla Djuhar [11] deux fils Zidan Abu Maali et Mulay Abdullah Abu Faris, tout deux rois noirs

donc.

Les fils de Zidan, au moins métis, vont se succéder sur le trône avant le dernier roi Ahmad el Abbas dont nous ne disposons pas

d’informations. La dynastie saadienne fut donc presque entièrement noire.

La Medersa Ben Youssef, nommée en honneur du roi noir Yusuf Ibn Tachfin. Elle a été bâtie par le roi Abdallah, dont le frère Abd Al Malik et le fils Moulay Mohamed, furent tous deux décrits comme noirs.

Hotep !

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Notes :

The Golden Age of the Moor, édité par Ivan Van Sertima

Histoiredumaghreb.com

Wikipedia.com

Black Morocco : a history of slavery, race and islam, Chouki El Hamel

www.lisapoyakama.org/les-rois-noirs-du-maroc/?fbclid=IwAR3i6Ox9rggL4HypLplo0tFER-_te-kEg5BSVglJFXdEWGKIvelHHAh4PqU 8/9

08/10/2019 Les Rois noirs du Maroc

Heredote.net

Histoire de l’Afrique noire, Joseph Ki-Zerbo, pages 113 à 116

Noir et Fier

[1] BBC

[2]The Golden Age of the Moor (l’Age d’or du Maure), édité par Ivan Van Sertima, page 374

[3] Idem, page 57

[4] Idem, page 55

[5] Voyage de Constantinople pour le rachapt des captifs, Guillaume Jehannot, page 70, 71

[6] The Golden Age of the Moor (l’Age d’or du Maure), édité par Ivan Van Sertima, page 371

[7] La bataille de l’Oued el-Makhâzen, Pierre Berthier, page 55

[8] Document of Universidade Nova de Lisboa, page 31

[9] Timbuktu and the Songhay Empire, John Hunwick, page 258

[10] Ahmad al-Mansur, Islamic visionnary; Richard Lee Smith, page 19

[11] Program of African studies, Northwestern University, page 9

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